Les raisons profondes qui motivent les vignerons bergeracois
1. L’expression authentique du terroir
Parmi les convictions les plus partagées, l’idée de retrouver la signature originelle de la terre : dans le Bergeracois, ces terroirs argilo-calcaires, ces galets ronds et ces pentes douces, laissent dans le raisin une empreinte subtile mais puissante. Les intrants œnologiques uniformisent et « lissent » le goût, faisant perdre au vin sa dimension narrative. Pour les vignerons défenseurs du naturel, “le vin doit raconter d’où il vient, la météo de l’année, la main du vigneron, la vie du sol” (source : « Vins naturels, mode d’emploi », Alice Feiring).
- Exemple concret : un cépage traditionnel comme le malbec ou le sémillon, vinifié naturellement, révèle des arômes souvent perdus dans des élevages plus interventionnistes : violette fraîche, notes de craie, sensation de mâche en bouche ;
- Cette quête d’expressivité rapproche la démarche “nature” de pratiques anciennes, au plus près d’une tradition rurale remise au goût du jour.
2. Un engagement écologique fort
Le Bergeracois, comme l’ensemble du Sud-Ouest, a connu les excès de l’agrochimie : monoculture, épandages, érosion de la biodiversité. Adopter la vinification naturelle signifie aussi afficher une volonté de rupture avec ces dérives et repenser le vignoble comme un écosystème vivant.
- Réduction de l’usage du cuivre et du soufre par des pratiques agroécologiques (paillage, enherbement, biocontrôle) ;
- Zéro résidu chimique sur la peau du raisin ni dans les sols, bénéfique pour la qualité de l’eau et la vie des micro-organismes du sol (source : INRAe 2023) ;
- Favorisation des auxiliaires de culture : coccinelles, chauves-souris, oiseaux, qui régulent naturellement les ravageurs
Certains vignerons vont plus loin encore, intégrant la permaculture, la biodynamie ou des micro-parcellaires pour stimuler la résilience écologique de leur vignoble.
3. La santé du vigneron et du consommateur
Un autre levier majeur, souvent évoqué par ceux qui gèrent des exploitations à taille humaine, est la préservation de la santé, tant pour les producteurs que pour les buveurs. Les intrants, et notamment les sulfites en excès, sont mis en cause dans diverses réactions (céphalées, intolérances). Les vignerons expliquent que l’absence de produits chimiques leur permet de travailler en sécurité, sans manipulation de substances dangereuses, et garantit un vin plus digeste.
- Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES, 2019), le vin naturel présente une moindre occurrence d’allergènes par rapport aux vins conventionnels ;
- Études (UFC-Que Choisir) : la teneur en sulfites des vins naturels est souvent divisionnaire par rapport à la législation européenne, avec des seuils inférieurs à 30 mg/l contre 150 à 200 mg/l autorisés pour les rouges conventionnels ;
4. Défense d’une agriculture paysanne et des circuits courts
La démarche “nature” s’inscrit dans une logique d’autonomie et de transparence : maîtrise des coûts, réduction de la dépendance aux fournisseurs d’intrants, circuits de commercialisation locale (AMAP, boutiques de producteurs, vente à la propriété). Cela favorise :
- La relocalisation de la valeur ajoutée sur le territoire ;
- Un contact direct avec les consommateurs, qui peuvent questionner, goûter, comprendre le vin dans sa totalité ;
- Un prix juste pour le producteur et le consommateur, sans surcoût lié aux intermédiaires ni à l’achat de produits extérieurs.
Dans le Bergeracois, plusieurs vignerons pionniers s’organisent en collectif pour mutualiser leur expérience et leur matériel (presse, égrappoir), s’entraider lors des vendanges, partager des expérimentations (association Les Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine).