L’apiculture engagée en Périgord : savoir-faire, biodiversité et acteurs locaux

29/11/2025

Le Périgord : terre d’abeilles, berceau de diversité florale et d’engagements

Le Périgord, territoire aux paysages diversifiés, offre à l’abeille une mosaïque de fleurs particulière : châtaigniers, acacias, luzernes et bruyères tapissent ses vallées et collines. Cette richesse floristique explique la renommée de miels aux arômes subtils, mais représente aussi un formidable allié pour la biodiversité.

  • Près de 400 apiculteurs professionnels et amateurs sont recensés en Dordogne selon le Groupement de Défense Sanitaire Apicole (GDSA24).
  • Un nombre encore plus important pratique l’apiculture de loisir, souvent en complément d'une activité agricole, notamment chez les producteurs en circuits courts et en vente directe.
  • D’après la Direction Départementale des Territoires (DDT), on y recense environ 25 000 ruches.

Ce n’est pas un hasard : ici, grâce à des zones boisées, faiblement soumises à l’agriculture intensive et aux pesticides (le département ayant l’un des plus faibles taux d’utilisation d’intrants chimiques en Nouvelle-Aquitaine, d’après le Ministère de l’Agriculture), les conditions restent relativement favorables aux pollinisateurs.

Des pratiques apicoles qui font la différence

Miser sur la préservation des abeilles, c'est œuvrer au quotidien avec rigueur technique, choix raisonné et engagement environnemental. Plusieurs volets structurent l’apiculture durable en Périgord :

Transhumance douce et respect des cycles naturels

  • Certains apiculteurs pratiquent la transhumance des ruches, mais toujours à faible distance, pour éviter le stress des colonies et préserver les équilibres locaux.
  • La récolte respectueuse laisse au moins 30% du miel aux abeilles pour leur alimentation hivernale, réduisant le recours au nourrissement artificiel (source : Fédération Régionale des Apiculteurs de Nouvelle-Aquitaine).

Lutte raisonnée contre le varroa et maladies

  • L’usage des traitements naturels (acide oxalique, huiles essentielles) progresse chaque année, en alternative aux acaricides chimiques (source : Interapi Nouvelle-Aquitaine, 2023).
  • Les apiculteurs formés (nombre en hausse de 20% sur la période 2020-2023 selon GDSA24) mettent en place des contrôles sanitaires réguliers et partagent leurs résultats lors de réunions collectives.

Préservation et sélection des souches locales

  • Le conservatoire de l’abeille noire d’Aquitaine agit pour sauvegarder l’Apis mellifera mellifera, souche locale menacée par l’hybridation et les importations.
  • Des apiculteurs, tels que ceux de l’Association pour le Développement de l’Apiculture en Périgord (ADAP), participent activement aux opérations de sélection et de reproduction responsables.

Qui sont ces apiculteurs engagés ? Tour d’horizon des acteurs exemplaires

De la micro-ferme à la miellerie collective, voici quelques exemples d’apiculteurs et groupements structurants engagés pour la préservation des abeilles et de la biodiversité.

L’Association pour le Développement de l’Apiculture en Périgord (ADAP)

  • Active sur tout le département, elle anime plus de 80 ruchers pédagogiques, accompagne la conversion en agriculture biologique et fédère les petites fermes autour de pratiques écologiques exigeantes.
  • Ses formations, ouvertes au grand public et aux professionnels, intègrent la gestion intégrée des parasites, la valorisation du miel de terroir et le rôle des haies mellifères.

La Miellerie Collective de la Vallée de la Vézère

  • Installée près de Montignac, elle regroupe cinq exploitations réparties dans la vallée, qui mutualisent les équipements d’extraction et de mise en pot pour limiter l’empreinte environnementale.
  • Labellisée en Agriculture Biologique (AB) depuis 2019, la miellerie veille à l’absence totale d’antibiotiques et de pesticides dans ses miels – chaque lot est analysé avant commercialisation.

L’initiative Apiculteurs & Paysans du Sarladais

  • Ce collectif familial met en avant l’association cultures agricoles/plantes mellifères (luzerne, sainfoin, trèfle) sur ses parcelles, observant une augmentation de la pollinisation naturelle de 18% en 5 ans (rapport interne, 2022).
  • Ils accueillent chaque année plus de 500 scolaires et visiteurs autour d’ateliers sur la biodiversité, renforçant le lien ville-campagne.

Le Conservatoire de l’Abeille Noire d’Aquitaine

  • Implanté au Bugue, il est un maillon central de la sauvegarde génétique. Son action évite le remplacement des colonies locales par des abeilles importées, réputées plus productives mais moins adaptées au territoire.
  • Il collabore avec l’INRAE et le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin pour des suivis de biodiversité et pour le maintien des fleurs sauvages « oubliées » dans le paysage agricole.

Pourquoi ces engagements font-ils toute la différence ?

Protéger la diversité florale locale et la santé des abeilles, c’est agir sur plusieurs fronts :

  • Lutte contre l’effondrement des colonies : Entre 2015 et 2022, la Dordogne a vu disparaître près de 25% de ses colonies, en raison du climat, des parasites et des intrants chimiques (source : Observatoire Français d’Apidologie). Les initiatives collectives ralentissent ce phénomène et permettent une remontée du cheptel dans certaines zones.
  • Soutien à la sécurité alimentaire : 80% des plantes cultivées dépendent en partie des pollinisateurs (FAO). Mieux préserver les abeilles, c’est aussi défendre la diversité alimentaire locale (noix, fruits rouges, légumes anciens).
  • Impact sur le paysage : Les apiculteurs motivent la plantation de haies, d’arbres fruitiers et la conservation de prairies fleuries, qui bénéficient à plus de 600 espèces d’insectes recensées (source : Atlas de la Biodiversité Communale du Grand Périgueux, 2021).

Zoom sur : Le miel bio du Périgord, ambassadeur de la biodiversité locale

  • En 2022, moins de 16% du miel produit en Dordogne portait la certification AB (source : Agence Bio), mais la tendance est en forte croissance.
  • Les miels bio issus d’exploitations multi-parcellaires (mielleries collectives, fermes diversifiées) présentent une plus grande complexité aromatique liée à la diversité botanique locale.

Mieux encore : les études de la Fédération Régionale des Apiculteurs montrent que les exploitations engagées dans des projets collectifs de valorisation (transformations à la ferme, distribution en direct, fêtes du miel…) enregistrent une mortalité des colonies significativement plus faible : entre 8% et 12% par an, contre 15% à 18% pour les ruchers « isolés ».

Comment reconnaître un apiculteur engagé en Périgord ?

  • Label AB, HVE ou Nature & Progrès : Ils attestent d’une attention portée aux intrants chimiques et à l’origine des essaims.
  • Transparence : Accueil du public, vente directe et pédagogie sur la vie des abeilles.
  • Diversité : Maintien de prairies, haies naturelles, variété d’espèces mellifères sur l’exploitation.
  • Implication locale : Appartenance à un groupement, participation à des projets de biodiversité ou à des événements collectifs.

En privilégiant le miel local, c'est l’ensemble d’un écosystème que l’on soutient : celui du Périgord, de ses paysages vivants à ceux qui les travaillent en conscience. Participer à la valorisation des abeilles, c’est choisir des produits qui racontent la patience, la rigueur et l’engagement au service du vivant. Une dégustation qui préserve l’avenir, ruche après ruche, prairie après prairie.

Pour aller plus loin, découvrez les adresses, événements, fêtes du miel et ruchers ouverts au public sur les sites officiels : Syndicat des Apiculteurs de Dordogne, Fédération Régionale des Apiculteurs Nouvelle-Aquitaine, Office de Tourisme du Périgord Noir.

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